Sauvegarde des rushs
Règle 3-2-1 de sauvegarde : l'ANSSI compte vos fichiers de travail dans les trois copies, un Drive n'est pas une copie « hors ligne », et ce que deux copies sur cinq ans laissent de côté

La règle 3-2-1 de sauvegarde demande trois copies de vos fichiers, sur deux supports différents, dont une à l’écart. Le désaccord est dans le détail. La CISA, l’agence américaine de cybersécurité, compte l’original dans les trois copies et veut la dernière « hors site ». L’ANSSI compte aussi les données en production, mais veut une sauvegarde « hors ligne », sur un support déconnecté. Une fiche de l’Agence du Numérique en Santé (ANS) parle, elle, de « 3 copies de sauvegarde ».
Mes rushs de mariage sont en deux exemplaires : tous les fichiers sont conservés 5 ans, sur un disque dur externe privé protégé par code, et sur un Drive. Deux copies, deux supports, une hors site. Avec la définition de la CISA comme avec celle de l’ANSSI, il manque une copie. Et pour l’ANSSI, le Drive ne compte pas comme copie hors ligne.
J’ai ouvert ces quatre documents le 6 novembre 2026, dont la page de Cybermalveillance.gouv.fr. Voici ce que chacun compte, ce que ma pratique coche et ne coche pas, un test qui montre pourquoi comparer la taille de deux fichiers ne prouve rien, et ce qu’un vidéaste devrait fixer avant son premier mariage.
Que dit exactement la règle 3-2-1 ?
Les quatre documents parlent de supports différents. Ils divergent sur ce que compte le « 3 » et sur ce que doit être le « 1 ».
| Document | Date | Le « 3 » | Le « 2 » | Le « 1 » |
|---|---|---|---|---|
| CISA, note « Data Backup Options », produite pour l'US-CERT | 2012 | « 1 primary and 2 backups » : l'original et deux sauvegardes | « 2 different media types » | « 1 copy offsite » : hors de chez vous ou de vos locaux |
| ANSSI, guide « Sauvegarde des systèmes d'information » | version 1.1 du 27/11/2025 | « les données en production et 2 sauvegardes » | sauvegardes « stockées sur des supports différents » | « 1 hors ligne » : sur un support « déconnecté de tout SI » |
| ANS, fiche « Sauvegardes régulières » | non datée dans le document | « 3 copies de sauvegarde » | « 2 supports différents » | « 1 hors ligne » |
| Cybermalveillance.gouv.fr, « Pourquoi et comment bien gérer ses sauvegardes » | mise à jour du 14/09/2026 | règle non nommée, nombre non précisé : « plusieurs sauvegardes » | « différents supports » | une sauvegarde « dans un lieu différent », et un support à déconnecter après utilisation |
Sources ouvertes le 06/11/2026 : CISA, Data Backup Options (2012) ; ANSSI, Sauvegarde des systèmes d'information, v1.1 (PDF) ; ANS, fiche Sauvegardes régulières (PDF) ; Cybermalveillance.gouv.fr.
Pour cette règle, la note de la CISA renvoie en bas de page à un livre écrit pour les photographes : The DAM Book, de Peter Krogh, 2e édition, 2009, page 207. Elle ne dit pas que la règle en vient.
Faut-il compter la copie de travail dans les trois ?
Oui pour la CISA et pour l’ANSSI. Leur « 3 » comprend le fichier sur lequel vous travaillez : un original et deux sauvegardes.
La fiche de l’ANS écrit « 3 copies de sauvegarde ». Lue à la lettre, elle en demande une de plus : la copie de travail, plus trois sauvegardes, soit quatre endroits au lieu de trois. La fiche ne précise pas si elle compte l’original. Je ne tranche pas à sa place.
Pour un vidéaste, la copie de travail, c’est le disque sur lequel on monte. Une carte mémoire qu’on n’a pas encore effacée est une copie de plus, mais elle ne dure que le temps de la réutiliser. Après la livraison, la question change : quand le montage est fini, qu’est-ce qui reste, et où ?
Un Drive compte-t-il comme copie hors ligne ?
Non, pas au sens de l’ANSSI. Son guide définit la sauvegarde hors ligne comme « une sauvegarde sur un support déconnecté de tout SI », et son tableau de risques sépare deux cas : « Hors site connecté (en ligne) » et « Hors site déconnecté (hors ligne) ». Un Drive est dans le premier.
L’ANSSI ne l’écarte pas pour autant. Sa recommandation R12 juge « indispensable » une sauvegarde hors ligne, « ou au moins hors site en ligne sous certaines conditions ». Pour la CISA, le cloud peut tenir le rôle de la copie hors site : dans son conseil aux grandes organisations, sa note cite « a cloud service provider » parmi les moyens de garder une copie ailleurs.
Le disque externe peut être la copie hors ligne, à une condition que la fiche de l’ANS écrit en toutes lettres : un disque dur externe, « à déconnecter impérativement » du système à la fin de la sauvegarde. Cybermalveillance.gouv.fr donne la raison : face à un rançongiciel, une sauvegarde connectée à votre ordinateur « peut également être affectée par le programme malveillant qui pourrait la détruire ».
Que fais-je des rushs de mariage pendant cinq ans ?
Tous les fichiers sont conservés 5 ans, sur un disque dur externe privé protégé par code, et sur un Drive. C’est mon engagement de conservation. Le voici face à la règle.
| Critère | Ce que demandent les documents | Chez moi |
|---|---|---|
| Nombre de copies | 3 pour la CISA et pour l'ANSSI, original compris | 2 : le disque externe et le Drive. Il en manque une |
| Supports différents | « 2 » pour la CISA et l'ANS ; « des supports différents » pour l'ANSSI et Cybermalveillance | Oui : un disque et un service en ligne |
| Une copie à l'écart | hors site pour la CISA ; hors ligne pour l'ANSSI et l'ANS | Hors site : le Drive. Hors ligne : seul le disque peut l'être, débranché |
| Durée de conservation | aucune imposée ; l'ANSSI cite en exemple « 5 ans de sauvegardes annuelles » | 5 ans |
| Accès | Cybermalveillance : chiffrer ou limiter l'accès aux sauvegardes de données sensibles | Disque protégé par code |
Ma pratique coche donc le « 2 » et le « 1 » au sens de la CISA, et elle a une durée écrite, que les documents ne fixent pas. Elle ne coche pas le « 3 ». Ce n’est pas un modèle à copier : c’est ce que je fais, écrit tel quel, pour que vous puissiez comparer avec ce que vous faites, ou avec ce que votre vidéaste vous promet.
La durée de 5 ans tombe sur l’exemple de l’ANSSI, mais l’ANSSI parle de systèmes d’information, pas de rushs. Aucun des quatre documents ne fixe de durée pour des fichiers vidéo. Cybermalveillance.gouv.fr rappelle en revanche que le support vieillit aussi : la durée de vie moyenne d’un DVD gravé y est donnée « de 10 à 15 ans ».
Je filme et je monte moi-même : aucun monteur extérieur ne reçoit les rushs. Les fichiers restent sous ma responsabilité jusqu’à la fin des 5 ans.
Vous êtes vidéaste et vous voulez comparer vos méthodes de sauvegarde et de montage ? Écrivez-moi : je forme des vidéastes à partir de ce que j'utilise en production.
Comment vérifier qu’une copie est identique à l’original ?
En comparant les empreintes des deux fichiers, pas leur taille. Le 6 novembre 2026, j’ai créé un fichier de test de 5 000 000 octets, je l’ai copié dans un second dossier, puis j’ai modifié un seul bit de la copie, au milieu du fichier.
Avant la modification, les deux empreintes SHA-256 étaient identiques : 2b159d73… pour l’original comme pour la copie. Après, la copie gardait le même nom et la même taille, 5 000 000 octets, mais son empreinte commençait par 62652cd8… Un explorateur de fichiers qui compare les tailles n’aurait rien vu.
Sur Windows, l’outil est livré avec le système. Dans une invite de commande :
certutil -hashfile rush_test.mov SHA256
Lancez la commande sur l’original, puis sur la copie : si les deux empreintes sont identiques, les deux fichiers le sont. Si elles diffèrent, au moins l’un des deux est abîmé, et l’empreinte ne dit pas lequel. Elle ne remplace pas le test de restauration que demandent l’ANSSI (« Les sauvegardes doivent être testées régulièrement ») et Cybermalveillance.gouv.fr, qui propose de s’assurer que la sauvegarde fonctionne « en la copiant dans le système original » : elle vérifie seulement qu’une copie est identique à l’autre.
Que faut-il fixer avant son premier mariage filmé ?
Six décisions, à prendre avant le jour J, parce qu’un mariage ne se tourne qu’une fois.
- Combien de copies, et où. Écrivez la liste : la copie de travail, chaque sauvegarde, et le support de chacune.
- Deux supports différents. Les quatre documents le demandent, sous des mots différents.
- Une copie hors site. Hors de chez vous ou de vos locaux, comme dans l’exemple de la CISA.
- Une copie débranchée. Celle qui reste hors ligne, au sens de l’ANSSI, entre deux sauvegardes.
- Une empreinte comparée avant d’effacer une carte. Une taille identique ne prouve rien, le test ci-dessus le montre.
- Une durée écrite. Combien de temps vous gardez les fichiers, sur quels supports, écrit noir sur blanc dans le devis du couple.
Le tri vient après. Assisté par IA ou non, mieux vaut le commencer quand les rushs existent déjà à deux endroits : j’ai décrit ailleurs ce que le tri automatique d’un dérush de mariage classe mal. La durée de conservation fait aussi partie des six engagements à écrire avant son premier mariage payé.
Côté couples, la même question se pose depuis l’autre côté de la table : la ligne de conservation qu’un devis de vidéaste de mariage doit contenir, et comment éviter un film perdu après la livraison.